Partir en voiture en Europe ou au Maghreb rassure rarement sur un point précis : que couvre exactement votre assurance auto une fois la frontière franchie ? Le réflexe « carte verte » reste ancré dans les habitudes, alors que ce document a officiellement disparu en France depuis le 1er avril 2024. Ce changement administratif ne change presque rien à vos garanties dans l’Union européenne, mais il change beaucoup dans certains pays hors UE où une preuve d’assurance reste exigée aux frontières. Voici ce que couvre réellement votre contrat selon votre destination, et ce qu’il faut vérifier avant de partir.
La carte verte a disparu, l’obligation de justificatif demeure
Depuis le 1er avril 2024, la carte verte n’est plus délivrée en France : dans la grande majorité des pays européens, la plaque d’immatriculation française suffit à elle seule à attester que le véhicule est assuré, grâce aux accords entre bureaux nationaux d’assurance automobile. Le document qui subsiste pour les destinations qui l’exigent encore s’appelle la Carte Internationale d’Assurance Automobile, ou IMIC : c’est elle qui remplace, sur le papier, l’ancienne carte verte.
- Dans l’espace couvert par la seule plaque d’immatriculation, aucun document papier n’est nécessaire.
- Pour les pays qui exigent encore une preuve physique, l’assureur délivre l’IMIC sur demande, gratuitement, avant le départ.
- Le nom usuel « carte verte » reste employé par habitude, y compris par certains assureurs dans leurs courriers.
Quels pays sont couverts par votre contrat français
Le système international rattaché à la carte verte, géré par le Conseil des Bureaux (l’organisme qui coordonne les bureaux nationaux d’assurance automobile en Europe), couvre un socle de 39 pays de manière automatique dès que votre contrat français est en cours de validité. Trois d’entre eux se trouvent hors du continent européen : le Maroc, la Tunisie et la Turquie.
Un second cercle de pays, plus restreint, impose la présentation physique de l’IMIC pour circuler légalement : c’est le cas de l’Albanie, de l’Azerbaïdjan, de la Moldavie, de la République de Macédoine du Nord, de l’Ukraine, en plus du Maroc, de la Tunisie et de la Turquie déjà cités. Sans ce document dans ces pays, vous risquez un contrôle aux frontières qui vous obligera à souscrire une assurance locale sur place, à vos frais.
- Union européenne, Espace économique européen, Suisse et Royaume-Uni : couverture automatique, aucun document à présenter.
- Maroc, Tunisie, Turquie, Albanie, Azerbaïdjan, Moldavie, Macédoine du Nord, Ukraine : IMIC obligatoire à demander avant le départ.
- Kosovo et partie nord de Chypre : territoires exclus du système, en raison de différends diplomatiques non résolus. Une assurance locale est nécessaire sur place.
Vos garanties restent-elles identiques une fois la frontière passée
C’est le point que la plupart des conducteurs négligent : la carte verte, ou son successeur l’IMIC, ne garantit qu’un socle, la responsabilité civile obligatoire. Elle ne dit rien du niveau réel de vos garanties optionnelles à l’étranger.
- Responsabilité civile : toujours maintenue au niveau minimum légal du pays visité si celui-ci est plus protecteur que le contrat français, jamais en dessous.
- Garanties tous risques, vol, bris de glace : dans l’Union européenne, elles s’appliquent en principe comme en France, sauf clause contraire écrite noir sur blanc dans les conditions particulières de votre contrat.
- Hors Union européenne : de nombreux contrats réduisent automatiquement la couverture à la seule responsabilité civile passé un certain nombre de jours consécutifs à l’étranger, ou pour les pays hors zone euro élargie. Cette clause de limitation figure dans les conditions générales, rarement dans le résumé du contrat.
- Assistance et rapatriement : plafonds et délais de prise en charge (véhicule et occupants) diffèrent souvent selon que le sinistre a lieu en zone Union européenne ou en dehors.
Avant tout départ prolongé hors de l’Union européenne, la vérification la plus utile consiste à demander à votre assureur une attestation écrite précisant le niveau de garanties maintenu pour la destination et la durée exactes du séjour. Un appel téléphonique ne vaut pas preuve en cas de litige ultérieur.
Les documents à emporter en plus de l’attestation d’assurance
L’IMIC ou la simple plaque d’immatriculation ne suffisent pas à eux seuls en cas de contrôle routier ou d’accident. D’autres documents restent indispensables, et leur absence complique une déclaration de sinistre bien plus souvent que l’absence de carte verte.
- La carte grise du véhicule, en original : une copie n’est pas toujours acceptée par les autorités locales hors Union européenne.
- Le permis de conduire, accompagné du permis international si la destination l’exige (certains pays du Maghreb et de nombreuses destinations hors carte verte le demandent, même pour un séjour touristique).
- Les coordonnées de l’assistance figurant sur votre contrat, avec le numéro à composer depuis l’étranger : ce numéro diffère souvent du numéro national habituel.
- Le constat amiable européen, dont un exemplaire papier reste utile même si votre assureur propose une version numérique : la couverture réseau n’est pas garantie partout.
Pour un séjour de plusieurs semaines, certains assureurs demandent également une déclaration préalable du trajet ou de la durée d’absence : cette information conditionne parfois le maintien des garanties optionnelles au-delà d’un certain nombre de jours consécutifs hors de France, comme évoqué plus haut.
Durée du séjour et contrats à vérifier avant un long trajet
La distinction entre un aller-retour de quelques jours et un séjour prolongé de plusieurs semaines a un impact réel sur vos garanties, en particulier hors Union européenne. Deux points méritent une vérification systématique avant un départ de plus de deux semaines :
- Le plafond de jours consécutifs à l’étranger inscrit dans les conditions générales : au-delà, certaines garanties optionnelles (bris de glace, vol, dommages tous accidents) peuvent basculer automatiquement vers la seule couverture responsabilité civile obligatoire.
- La zone de circulation autorisée mentionnée dans les conditions particulières : un contrat rédigé pour un usage strictement européen peut exclure explicitement certains pays du pourtour méditerranéen, même lorsque ceux-ci figurent dans la liste des pays couverts par le système de la carte verte.
Dans ces deux cas, la solution la plus sûre reste une extension temporaire de garantie, proposée par la plupart des assureurs pour la durée exacte du voyage, moyennant une cotisation additionnelle généralement modeste au regard du niveau de protection récupéré.
Que faire en cas de sinistre à l’étranger
La procédure diffère peu de celle appliquée en France, mais quelques réflexes évitent des blocages une fois rentré.
- Remplissez un constat amiable européen si l’autre conducteur est également dans l’Union européenne : le document est reconnu dans toute la zone et rédigé dans les langues concernées.
- Conservez les coordonnées précises de l’assureur du tiers, y compris son numéro de plaque d’immatriculation et le nom exact de sa compagnie : le bureau national d’assurance du pays visité sert d’intermédiaire pour identifier le correspondant local si l’information manque.
- Déclarez le sinistre à votre propre assureur dans le délai contractuel habituel de cinq jours ouvrés, même si l’accident a eu lieu à l’étranger : le délai ne se prolonge pas du fait de la distance.
- Pour un sinistre survenu hors Union européenne, demandez systématiquement un rapport de police local si les dégâts sont importants : certains assureurs le réclament pour indemniser un sinistre non responsable.
Cas particuliers : véhicule de location, leasing et conducteur occasionnel
Trois situations reviennent souvent au moment de préparer un départ à l’étranger, et méritent une vérification distincte du cas général.
- Véhicule loué sur place : l’assurance incluse par le loueur local prime, votre contrat personnel français ne s’applique pas au véhicule de location. Vérifiez les franchises appliquées par le loueur, souvent plus élevées que celles de votre contrat habituel, et l’existence d’une option de rachat de franchise.
- Véhicule en LOA ou LLD emmené à l’étranger : certains contrats de financement imposent une autorisation préalable du loueur pour sortir le véhicule du territoire national, indépendamment de la couverture d’assurance elle-même. Une sortie non autorisée peut constituer un manquement contractuel distinct d’un défaut d’assurance.
- Conducteur occasionnel non déclaré au contrat : la règle reste identique à l’étranger qu’en France. Si un proche doit conduire le véhicule pendant le séjour sans être conducteur habituel du contrat, mieux vaut vérifier au préalable qu’aucune clause de conduite exclusive ne s’applique, sous peine de recours de l’assureur en cas d’accident responsable.
Questions fréquentes
Faut-il encore imprimer une carte verte avant de partir en Espagne ou en Italie ?
Non. Pour un déplacement dans l’Union européenne, l’Espace économique européen, en Suisse ou au Royaume-Uni, la plaque d’immatriculation française suffit désormais à justifier votre assurance : aucun document papier n’est nécessaire au passage de la frontière.
Comment obtenir l’IMIC si je pars au Maroc ou en Turquie ?
Contactez votre assureur avant le départ : l’attestation est délivrée gratuitement, en général par courrier ou par téléchargement depuis votre espace client, sous quelques jours ouvrés. Prévoyez la demande au moins deux semaines avant le voyage pour éviter tout retard.
Mon contrat tous risques reste-t-il tous risques pendant un mois en Europe ?
Dans l’Union européenne, en principe oui, sauf clause contraire explicite dans vos conditions particulières. Vérifiez tout de même la durée maximale de séjour continu couverte par votre contrat : certaines polices limitent la couverture tous risques à 90 jours consécutifs hors du territoire français.
Que se passe-t-il si je roule au Kosovo sans assurance locale ?
Votre contrat français, via le système de la carte verte, ne s’applique pas sur ce territoire. Rouler sans assurance locale valide vous expose à une absence totale de couverture en cas d’accident, en plus des sanctions prévues par la réglementation locale.
La disparition de la carte verte a-t-elle changé le prix de mon assurance ?
Non, ce changement est purement administratif et ne modifie ni vos garanties ni votre prime. Il simplifie seulement les démarches dans la majorité des pays européens.
Avant un long trajet, la meilleure protection reste la vérification écrite auprès de votre assureur, destination par destination. Pour les démarches liées à un déplacement prolongé, notre article sur l’assurance auto pour un véhicule importé détaille les justificatifs à réunir dans l’autre sens. Si votre voyage s’accompagne d’un changement de véhicule à votre retour, consultez également notre guide sur le changement d’assureur en cours d’année et notre fiche sur le retour en France après une expatriation, qui traite un cas de figure proche pour les démarches d’antériorité.











